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26.07.2017

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Les artistes français installés à l’étranger s’exportent-ils mieux ?

Le Journal des Arts – n° 478 – 28 avril 2017 – par Frédéric Bonnet

Le classement Artindex France montre que les artistes français trentenaires et quadragénaires établis hors de l’Hexagone profitent d’une visibilité accrue.
Y a-t-il une corrélation entre une plus grande visibilité des artistes français à l’étranger et le choix effectué par certains de quitter la France afin de tenter l’aventure ailleurs ? Le classement Artindex France semble donner des éléments en ce sens, même si la première remarque qui s’impose est que ce phénomène est en premier lieu générationnel.

Parmi les trente premiers du classement, les artistes ayant la soixantaine ou plus ont tous effectué leur carrière en France, à l’exception notable de Bernar Venet (26e) qui tenta l’aventure américaine dès 1966. Le numéro un, François Morellet, a résidé toute sa vie à Cholet dans le Maine-et-Loire, de même que sont restés fixés à Paris Christian Boltanski (3e), Daniel Buren (4e), Sophie Calle (7e), Annette Messager (21e), Erró (25e) ou Bertrand Lavier (28e), qui se partage avec la Bourgogne).
Or si c’est la génération émergée au cours des années 1990 qui a contribué à impulser une meilleure reconnaissance des artistes français hors de nos frontières, beaucoup se sont basés, partiellement au moins, à l’étranger. Pierre Bismuth (23e) est ainsi installé à Bruxelles, Dominique Gonzalez-Foerster (18e) passe une grande partie de son temps au Brésil et Pierre Huyghe (5e) a souvent alterné des séjours parisiens avec de longues résidences à l’étranger, aux États-Unis ou au Chili en particulier.

Cette tendance, qui symbolise une plus grande ouverture d’esprit corrélée à une plus grande ouverture au monde, a été amplifiée par la génération suivante, avec notamment de nombreux artistes installés à Berlin. Il en est ainsi d’Anri Sala, numéro deux du classement, qui vient d’inaugurer le nouvel espace de la galerie Esther Schipper et a exposé dans pas moins de 35 biennales internationales – un chiffre que seul dépasse Christian Boltanski, totalisant 36 biennales. Mais aussi de Kader Attia (8e), Cyprien Gaillard (10e) ou Saâdane Afif (20e). D’un côté, la visibilité extérieure se conjugue à une meilleure mobilité. Les résidences à l’étranger, de plus en plus fréquentes, permettent de développer des réseaux et d’amorcer des collaborations. De l’autre, la globalisation du marché de l’art contribue, elle aussi, à la circulation des artistes et confère une visibilité qui ouvre les portes d’expositions et de biennales.

Installée à New York, Camille Henrot (15e) est depuis quelques années défendue par Metro Pictures, de même qu’a résidé plusieurs années dans la grosse pomme Adel Abdessemed (16e), lorsqu’il était représenté par David Zwirner, avant de rentrer en France une fois mis un terme à leur collaboration. Vivant à Londres depuis 1999, où elle a notamment étudié au Central Saint Martins College of Art and Design, Laure Prouvost (17e, en hausse de 10 points) a vu sa carrière connaître une accélération après l’obtention en 2013 du Turner Prize… réservé aux artistes britanniques !

Tout ne passe pourtant pas par le fait de quitter l’Hexagone. Il existe des contre-exemples d’artistes restés en France et qui n’en ont pas moins développé de belles carrières à l’étranger ; comme Tatiana Trouvé (24e), Laurent Grasso (27e) ou Mathieu Mercier (30e). Les deux premiers sont représentés par Perrotin, et s’il ne bénéficie plus d’une galerie à Paris, le dernier est depuis longtemps défendu par Mehdi Chouakri à Berlin, ce qui tend à attester de l’importance des galeries. Ce phénomène s’illustre avec de plus jeunes artistes. Ainsi de Mohamed Bourouissa (43e), qui bénéficiera à la fin du mois de juin d’une exposition à la Barnes Foundation à Philadelphie et connait une belle remontée de 15 points par rapport à 2016. Le facteur de résidence à l’étranger n’entre pas ici en ligne de compte, mais notable est le fait que, quoique toujours installé à Paris, il est défendu par Kamel Mennour. Or de par la visibilité qu’elles confèrent, leur puissance commerciale et leurs potentialités en termes d’aide à la production également, les plus grandes galeries souvent contribuent à multiplier les débouchées à l’extérieur pour leurs artistes.

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